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Cancer et sexualité : retrouver une vie intime pendant et après la maladie

Vous traversez un cancer, ou il fait partie de votre histoire, et votre vie intime a changé ? Fatigue, corps qui se transforme, désir en sommeil, peur d’avoir mal… Ce que vous vivez est fréquent et légitime. Voici quelques repères tout en douceur pour prendre soin de votre intimité, à votre rythme.

Femme aux cheveux courts regardant son reflet dans un miroir, dans une lumière douce

Si vous lisez ces lignes, c’est peut-être que vous traversez un cancer. Ou qu’il fait partie de votre histoire. Ou que la personne que vous aimez est malade. Avant toute chose, je voudrais vous dire une chose simple : vous avez le droit de vous poser des questions sur votre vie intime. Même maintenant. Même au milieu des traitements, des examens et de la fatigue.

Ces questions ne sont ni futiles ni déplacées. Elles parlent de vous, de votre corps, de votre lien à l’autre. Et elles méritent qu’on les accueille avec douceur.

Que vous partagiez votre vie avec un homme ou avec une femme, que vous soyez en couple ou seule, ces lignes sont pour vous.

Ce que j’aimerais que vous reteniez

  • Ce que vous ressentez est normal, quoi que vous ressentiez.
  • Vous n’êtes pas seule : la grande majorité des personnes touchées par un cancer voient leur intimité bousculée à un moment ou à un autre.
  • Il n’y a pas de bonne façon de vivre sa sexualité pendant et après un cancer. Il y a la vôtre.
  • Des solutions existent et vous pouvez être accompagnée, à votre rythme.

Cancer et sexualité : on en parle si peu

Quand le cancer arrive, tout se concentre sur les soins. Les rendez-vous s’enchaînent, le quotidien se réorganise et la vie intime passe naturellement au second plan. Souvent personne n’en parle. Ni les soignants qui n’osent pas toujours, ni vous qui n’osez pas non plus. Alors on garde ses questions pour soi.

C’est vrai, le cancer et la sexualité sont deux sujets tabous. Et ils semblent si éloignés l’un de l’autre : d’un côté la maladie et la peur, de l’autre le plaisir et la vie. Pourtant ils peuvent cohabiter. La santé sexuelle fait pleinement partie de la santé. Et aujourd’hui de plus en plus de personnes guérissent ou vivent longtemps avec la maladie. Prendre soin de votre intimité, c’est aussi prendre soin de votre qualité de vie.

Votre désir, tel qu’il est aujourd’hui

Peut-être que votre désir s’est mis en veille. Toute votre énergie est tournée vers la guérison et l’envie n’a tout simplement plus de place. C’est normal.

Peut-être qu’au contraire vous avez plus que jamais besoin de tendresse, de peau contre peau, de vous sentir vivante. Comme une façon de sentir votre corps autrement qu’à travers la maladie. C’est normal aussi.

Et peut-être que rien n’a vraiment changé. Ou que tout change d’une semaine à l’autre.

Toutes ces réactions sont légitimes. Une sexualité épanouie n’a pas de norme : pas de fréquence à atteindre, pas de pratiques à cocher. C’est une sexualité où l’on écoute ses envies et où l’on respecte aussi ses non-envies. Les vôtres comptent autant que les autres.

Quand les traitements touchent l’intimité

Chaque personne réagit différemment, même avec un traitement identique. Votre équipe soignante reste la mieux placée pour vous dire ce qui vous concerne. Mais voici ce que j’entends souvent au cabinet.

« Je suis épuisée »

La fatigue du cancer ne ressemble à aucune autre. Ajoutez-y les nausées, les bouffées de chaleur ou les douleurs… Quand le corps envoie surtout des signaux désagréables, il est difficile d’avoir envie de sensations agréables. Ce n’est pas un manque d’amour. C’est votre corps qui a d’autres priorités, et il a bien raison.

« Je ne me reconnais plus »

Les cheveux qui tombent, les cils qui disparaissent, le poids qui change, une cicatrice, une partie de soi retirée… Le miroir peut devenir difficile à regarder. Or le désir est très lié au sentiment d’être désirable. Quand on ne se reconnaît plus, on a parfois du mal à croire que l’autre puisse encore avoir envie de nous.

« J’ai mal »

Certains traitements (chimiothérapie, hormonothérapie, radiothérapie du bassin) peuvent rendre la muqueuse du vagin plus sèche, plus fine et moins souple. Après certaines chirurgies ou une radiothérapie pelvienne le vagin peut aussi devenir moins profond ou plus étroit. Les douleurs pendant les rapports deviennent alors plus fréquentes. Ce n’est pas une fatalité : des solutions existent pour retrouver du confort, et je vous en parle un peu plus bas.

Le désir a besoin d’un peu d’espace

Le désir ne tombe pas du ciel. Avec ou sans cancer il fluctue au fil de la vie. Pour pouvoir exister il a besoin d’un peu d’espace, à trois endroits.

  • Dans votre tête. Un peu de place pour les sensations et l’imaginaire. Pas facile quand l’esprit est occupé par les examens, l’organisation, les enfants ou la peur.
  • Dans votre corps. Se sentir suffisamment bien pour accueillir des sensations agréables.
  • Dans votre couple. Des moments à deux où l’on ne parle pas de la maladie.

On ne peut pas tout contrôler, et le désir ne se commande pas. Mais on peut prendre soin de ces trois espaces, tout doucement, sans rien attendre en retour. Ce qui viendra sera à votre image.

Et votre couple dans tout ça

La personne qui partage votre vie est souvent un soutien précieux. Mais elle aussi a reçu le choc de l’annonce. Elle aussi a peur. Et il arrive que chacun se taise pour protéger l’autre.

Prenons l’exemple d’une femme qui a perdu ses cheveux pendant sa chimiothérapie. La personne qui partage sa vie ne venait plus vers elle, et elle était persuadée de ne plus lui plaire. En réalité l’envie était toujours là. Sa ou son partenaire se retenait simplement pour ne pas lui mettre la pression. Chacune et chacun protégeait l’autre… et se sentait seul. C’est en se parlant que quelque chose a enfin pu se dénouer.

Les questions qu’on n’ose pas poser

Ces inquiétudes reviennent très souvent. Si vous vous les posez, vous êtes loin d’être la seule.

« Faire l’amour peut-il aggraver mon cancer ? »

Non. Avoir une sexualité, à deux ou seule, n’a aucune influence sur l’évolution du cancer ni sur le risque de récidive. Vous pouvez être rassurée.

« Est-ce que je risque de le transmettre à mon ou ma partenaire ? »

Non plus. Le cancer n’est pas contagieux. Pendant une chimiothérapie votre équipe pourra simplement vous conseiller une protection les quelques jours qui suivent chaque séance de traitement (un préservatif, ou une autre barrière adaptée à vos pratiques), pour que votre partenaire ne soit pas en contact avec les médicaments. N’hésitez pas à demander à votre équipe ce qui convient à votre situation.

« Est-ce que je dois arrêter toute vie sexuelle ? »

Rien ne vous y oblige. Vous pouvez suivre vos envies et respecter vos non-envies. Seule exception : après une chirurgie de la zone génitale, votre chirurgien vous indiquera combien de temps attendre avant les caresses génitales et la pénétration.

Des petits pas pour retrouver une intimité

Il n’y a pas de recette. Ce qui fait du bien à l’une ne conviendra pas forcément à l’autre. Voici quelques pistes que nous explorons souvent ensemble en séance. Prenez celles qui vous parlent et laissez les autres.

Faire l’amour autrement. La pénétration n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres. Faire l’amour, c’est s’offrir de la tendresse et du plaisir à travers le corps. Des caresses, des baisers, un massage, une main qui se pose : tout cela compte.

Retrouver le goût des petites choses. Une douche chaude, un plat que l’on savoure, le soleil sur la peau. Réapprendre à goûter ces sensations agréables, c’est déjà rouvrir la porte au plaisir.

Se toucher sans objectif. Des moments de caresses sans but, sans attente de rapport, juste pour se faire du bien. Parfois une envie se réveille en chemin, au fil des caresses, sans qu’on l’ait attendue. Et si elle ne vient pas, ces moments de douceur auront déjà fait du bien.

Laisser l’imaginaire s’évader. Un livre, un podcast ou une lecture érotique peuvent offrir une parenthèse loin de la maladie.

Regarder ce qui reste beau. On n’est pas obligée d’aimer ce qui a changé. Mais on peut donner un peu plus de place à ce que l’on aime encore. On a peut-être moins de cils… mais la couleur de vos yeux, elle, est toujours magnifique. Une perruque qui vous ressemble, un joli foulard ou une reconstruction quand vous le souhaitez peuvent aussi vous aider à vous retrouver.

Prendre soin de votre confort intime. Un lubrifiant, un hydratant intime et pour certaines femmes des dilatateurs vaginaux avec l’aide d’un ou d’une kinésithérapeute spécialisé·e en rééducation périnéale. Si votre cancer est hormono-dépendant, parlez-en d’abord avec votre médecin.

Mettre des mots. Il est souvent plus facile de faire l’amour que d’en parler ! Pourtant quelques mots partagés avec votre partenaire ou votre équipe soignante peuvent changer beaucoup de choses.

Vous n’avez pas à traverser ça seule

Vous pouvez être accompagnée à n’importe quel moment : pendant les traitements, juste après ou des années plus tard. Il n’y a pas de bon moment. Il y a le vôtre.

Pour tout ce qui est médical votre équipe d’oncologie, votre gynécologue et votre médecin restent vos premiers interlocuteurs. Vous pouvez leur parler de votre vie intime si vous en ressentez le besoin : vos questions sont légitimes et aucune n’est ridicule. Un ou une kiné spécialisé·e en rééducation du périnée peut aussi être d’une grande aide.

Au cabinet je vous offre un espace pour déposer tout ce que le cancer vient bouleverser : votre désir, votre rapport au corps, la peur d’avoir mal, la relation à l’autre. En sexothérapie, nous cherchons ensemble ce qui peut vous faire du bien aujourd’hui, sans norme et sans pression. Vous pouvez venir seule ou en couple, au cabinet à Paris 6e ou en visio depuis chez vous, ce qui est souvent précieux les jours de fatigue.

Vos questions sur le cancer et la sexualité

Tous les cancers peuvent-ils toucher la sexualité ?

Oui. On pense souvent aux cancers du sein ou des organes génitaux. Mais la fatigue, les traitements, l’image du corps et les émotions peuvent toucher la vie intime quel que soit le cancer.

Je n’ai plus du tout envie. Est-ce que ça va revenir ?

Il n’y a pas de réponse toute faite. Le désir fluctue toute la vie, et plus encore pendant une période aussi bouleversante. Il peut évoluer, changer de forme, se vivre autrement qu’avant. Si cette absence d’envie vous pèse, à vous ou à votre couple, nous pouvons en parler ensemble.

Je suis célibataire. Quand parler de mon cancer à quelqu’un que je rencontre ?

Il n’y a pas de bon moment universel. Certaines préfèrent en parler tout de suite, d’autres attendent qu’une confiance s’installe. Votre intuition est souvent une bonne boussole. Et vous avez le droit d’avancer à votre rythme.

C’est la personne que j’aime qui est malade. Est-ce que je peux consulter ?

Bien sûr. On oublie souvent le ou la partenaire, alors qu’il ou elle vit aussi un bouleversement. Vous pouvez venir seule ou à deux.

Le cancer change beaucoup de choses. Mais il ne vous enlève pas le droit à la tendresse, au plaisir et au lien. Votre intimité mérite qu’on en prenne soin, tout doucement. Et si un jour vous avez envie d’en parler, je serai là pour vous écouter.

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Vous vous reconnaissez dans ces lignes ?

Au cabinetParis 6e, rue JacobEn visiodepuis chez vous